Homélie Dimanche de la Santé
En milieu hospitalier, ou dans les Ehpad, ou encore au domicile d’une personne malade, nous sommes nombreux à pouvoir témoigner qu’une simple présence est lumière.
Ce que nous apportons dans la pastorale de la santé, ce n’est pas notre propre clarté, mais la lumière du Christ, que nous recevons dans la prière, dans les sacrements, dans la messe, dans la méditation de la Parole.
Homélie :
En ce dimanche de la Santé : nous sommes invités à prier pour les personnes malades, isolées, âgées, et aussi à prier pour les soignants, les aidants, pour tous ceux qui prennent soin des personnes qui souffrent.
« Vous êtes le sel de la terre… la lumière du monde. »
Quels compliments ! Est-ce que nous en sommes dignes ?
Le sel n’est pas fait pour rester dans la salière ! La lumière n’est pas faite pour rester dans l’ampoule !
Dans l’évangile, Jésus n’a pas dit « vous serez (au futur) ».
Mais il a dit : « Vous êtes le sel de la terre … Vous êtes la lumière du monde … ».
Donc pas hier. Pas demain. Aujourd’hui.
Il ne dit pas « vous les éblouirez par l’éclat de votre pensée ou de vos discours ». Il évoque plutôt une lumière fidèle, comme celle « d’un lampadaire » dans la nuit.
Dans le domaine de la santé, cette parole de Jésus prend une tonalité particulière.
En milieu hospitalier, ou dans les Ehpad, ou encore au domicile d’une personne malade, nous sommes nombreux à pouvoir témoigner qu’une simple présence est lumière.
Dans la pastorale de la Santé, nous pouvons dire que nous essayons d’apporter très humblement un peu de lumière aux personnes malades, âgées, qui souffrent trop souvent de la solitude.
Oh nous ne voulons pas apporter une lumière qui s’impose même si c’est la lumière de la foi et de l’espérance qui nous habitent.
Mais, notamment en équipe d’aumônerie à Lour-Picou (Beaugency), à Fontperthuis (Lailly en Val), à Champgarnier (Meung sur Loire), au Parc des Mauves (Huisseau) ; en équipe d’aumônerie nous essayons d’éclairer sans éblouir, en apportant très humblement une douce clarté qui est une présence très simple.
Cette lumière est celle d’une présence qui est parfois maladroite, mais qui est au chevet d’un lit. Elle ne s’impose pas avec des mots de consolation facile, mais elle veut être là c’est tout, d’abord silencieuse, à l’écoute, et en union de prière.
Être lumière, c’est se faire proche, écouter le silence de la personne visitée, accueillir ce qui est incompréhensible sans chercher à expliquer ou à apporter des réponses toutes faites, bien souvent nées de nos propres angoisses.
Être « lumière du monde », « sel de la terre », c’est tenir une main, être là, et parfois on ne dit rien, on accueille les mots dits et répétés par une personne dont la mémoire faiblit, on entend une plainte, on prie dans le secret de notre cœur, ou bien on prie avec la personne visitée si elle le demande.
Comme Jésus s’est penché sur les malades, les blessés, nous sommes appelés à porter cette même attention de Dieu qui ne supprime pas la maladie ou les épreuves, mais qui les habite et leur ouvre parfois un sens inattendu. La juste présence chrétienne est discrète, mais réelle, comme une petite veilleuse dans la nuit.
Elle ne brille pas pour elle-même : elle éclaire le visage de l’autre. Elle se propose avec respect, sans éblouir.
Elle ne cherche jamais à convaincre.
Une lumière née de la lumière de la foi en Celui qui est Lumière : Jésus Christ !
Nous croyons que cette lumière ne nait pas de nous-même, elle nous est confiée : Elle vient du Christ.
Ce que nous apportons dans la pastorale de la santé, ce n’est pas notre propre clarté, mais la lumière du Christ, que nous recevons dans la prière, dans les sacrements, dans la messe, dans la méditation de la Parole.
C’est lui qui nous donne d’être sa lumière. Nous la portons dans les veilleuses fragiles que nous sommes.
Rien n’est jamais gagné. La flamme qui nous anime risque toujours de vaciller.
La pastorale de la santé sera toujours un lieu de pauvreté spirituelle où chacun fait l’expérience de ses limites, de son impuissance devant la souffrance, la maladie et la vieillesse.
C’est pourtant là que se révèle la lumière du Ressuscité qui ne supprime rien, mais elle traverse toutes les fragilités.
Elle n’empêche pas la mort mais la traverse ; elle ne supprime pas la souffrance physique ou psychique, mais elle dépose en elle une espérance.
Être lumière, c’est accepter de s’effacer pour que l’autre rencontre Celui qui peut vraiment éclairer sa nuit. Cela suppose une grande humilité, un vrai dépouillement intérieur en laissant place à la présence aimante de Dieu.
Dans la pastorale de la santé, nous découvrons que la lumière n’est jamais le monopole de quelques-uns.
Pendant une visite à l’hôpital, en Ehpad, qui est lumière pour l’autre ?
La personne qui visite ou la personne visitée, la personne de l’équipe d’aumônerie ou la personne dans son lit, dans son fauteuil ?
Très souvent, quand on prend le temps d’entrer en relation avec la personne malade, c’est elle qui nous éclaire avec son âge, avec ses souffrances, avec sa maladie, avec son handicap. Comment me direz-vous ?
Les personnes âgées, dépendantes, en longue maladie vivent une certaine patience avec tous les renoncements qu’elles sont obligées d’accepter. Les personnes à l’hôpital, en Ehpad ou malades chez elles, retrouvent la simplicité de la rencontre.
Être lumière, c’est aussi reconnaître la lumière chez l’autre, même affaibli, même dans le silence. Il ne s’agit pas d’illuminer quelqu’un, mais de l’aider à voir que la lumière de Dieu est déjà là, même si elle semble voilée par la souffrance.
Ceux qui visitent les malades témoignent souvent qu’ils reçoivent plus qu’ils ne donnent.
Dans ces lieux de vulnérabilité, ils découvrent des éclats de lumière, de courage, de confiance bouleversante.
Une femme âgée qui prie pour ses petits-enfants malgré ses douleurs, un homme en fin de vie qui bénit les soignants avec reconnaissance, un jeune qui garde le sourire dans l’épreuve : autant de lumières offertes à ceux qui les entourent.
Nous ne sommes jamais seuls à porter l’espérance. Il y a la famille, les équipes soignantes, les bénévoles… et le malade lui-même.
Dieu ne nous fait pas comprendre que les bien portants ou les malades sont des héros, mais sont des frères et des sœurs en humanité. Nous nous aidons mutuellement à vivre ce qui nous est donné de vivre.
Enfin, être lumière du monde dans le cadre de la santé, c’est participer à l’œuvre de Dieu qui rassemble et console.
La lumière ne divise pas. Elle rassemble. Elle ouvre un espace où chacun peut se sentir reconnu, aimé, accueilli.
Dans notre monde où le malade est parfois perçu comme un poids ou une dépense, le service des frères et sœurs fragilisés par la maladie, le handicap ou la vieillesse rappelle que toute vie est précieuse, unique, sacrée. La pastorale de la santé en Eglise, dans nos paroisses affirme avec force que personne n’est inutile dans le grand âge ou dans les épreuves physiques, morales.
Disons ensemble la belle prière qui nous est offerte pour le Dimanche de la Santé !
Seigneur Jésus,
la lumière de ton amour a été déposée en moi
au jour de mon baptême.
j’en suis émerveillée mais je la sais petite, fragile
tremblante en moi…
Et pourtant forte puisqu’elle vient de Toi.
Donne-moi de la laisser briller,
permets que d’autres viennent s’y réchauffer,
que par elle, aux heures sombres,
ils trouvent un chemin.
Et mets sur ma route des compagnons
dont la lumière me réchauffera
et me réconfortera si besoin.
Fais que jamais ta lumière ne s’éteigne en moi.
Amen
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