Homélie 26è Dimanche Ordinaire
Le Seigneur nous appelle à vivre, à aimer et à croire avec un cœur de pauvre.
Homélie :
Comme cette parabole de Jésus est dure à entendre !
Elle présente deux difficultés :
1ère difficulté :
Bien sûr, elle nous interroge sur les « Lazare » qui sont nombreux autour de nous et qui bien souvent provoquent en nous un sentiment de culpabilité car nous ne savons pas comment faire pour les aider ou encore nous ne les voyons pas.
Il ne s’agit pas de se culpabiliser davantage car la plupart d’entre nous, nous nous préoccupons de ceux qui sont en situation de souffrance.
Mais il s’agit de se demander comment mieux agir envers eux, comment mieux les aider, les soutenir ; et pour cela comment nous convertir.
Pourquoi ? Car cette parabole du riche et du pauvre Lazare pose une question fondamentale : La question de notre Salut éternel !
2ème difficulté : Et c’est là que se situe la 2° difficulté de cette parabole qui nous heurte, c’est qu’elle touche au jugement dernier.
Nous serons jugés sur notre capacité, notre volonté à aimer : « Qu’as-tu fais de ton frère et de ta sœur en humanité ? »
Cette parabole nous concerne tous car les « Lazare » sont nombreux : Les « Lazare » qui manquent d’argent certes, mais aussi les « Lazare » qui n’ont pas d’amis, pas d’enfants, pas d’amour, pas de travail, pas de santé, pas de liberté, pas d’avenir, pas d’espérance … pas de sens à donner à leur vie. Et nous sommes nombreux à passer à côté de ces « Lazare » sans les voir.
Cette parabole veut nous réveiller, en nous présentant un pauvre « Lazare » qui a un prénom alors que le riche n’en a pas.
Lazare est un prénom qui interpelle, qui pose question car c’est un cri « au secours ». Le prénom « Lazare » veut dire : « Dieu vient à son secours ».
Le riche, qui n’a pas de prénom, demande à ce qu’un mort ressuscite pour que ses frères se convertissent ; il demande un signe fort, extraordinaire.
Aujourd’hui, en 2025, Jésus le Christ est déjà ressuscité et pourtant nous ne sommes pas tous convertis et ... nous avons à nous convertir chaque jour.
Jésus dans la parabole fait d’ailleurs dire à Abraham :
« Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes ils ne seront pas convaincus ».
Alors que faire pour être converti, pour être averti et réveillé avant notre passage auprès de Dieu qui regardera comment nous avons aimé nos prochains ?
Il existe 2 chemins pour se réveiller et mieux aimer :
1er chemin : Le premier chemin est très clair dans cette parabole et est répété deux fois : Il s’agit d’écouter « Moïse et les prophètes ».
Ecouter la Parole de Dieu car elle nous dit ce qui est bon. Elle nous rappelle la place du pauvre. Et quand on lit régulièrement la Bible, la Parole de Dieu, celle-ci nous rend capable peu à peu d’attention envers ceux qui nous entourent.
Rappelons-nous ces 2 disciples qui marchaient sur le chemin vers leur village « Emmaüs » après la mort et la résurrection de Jésus. 2 hommes marchent tout tristes et Jésus ressuscité les rejoint mais ils ne reconnaissent pas Jésus.
Ces 2 hommes ont été témoins que Jésus a donné sa vie en mourant sur la croix, puis il a été mis au tombeau, et le tombeau a été trouvé vide … mais ils ne le reconnaissent pas : Jésus est comme le pauvre « Lazare » à ce moment-là !!!
Alors Jésus va leur dire : « Vos cœurs sont lents à croire … » Et en commençant par « Moïse et les prophètes », il leur explique comment dans la Bible, la Parole de Dieu parle de Lui qui est le Christ, le Messie !
Puis quand les 2 disciples d’Emmaüs sont revenus à Jérusalem pour raconter aux apôtres ce qui leur est arrivé : Jésus ressuscité se manifeste à eux et alors qu’ils ne croient pas en la présence de Jésus, là, au milieu d’eux ; Jésus leur montre ses plaies (que Thomas touchera plus tard) et il leur dit : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la Bible par Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Ecouter Moïse, les prophètes, les psaumes nous rend capable d’entrer dans le projet de Dieu pour nous et pour l'humanité.
Ecouter Moïse et les prophètes c’est nous permettre de reconnaître la présence du Ressuscité dans nos vies et dans la vie de nos prochains. C’est connaître dès ici-bas, sur terre, les signes que la Vie éternelle est déjà commencée pour nous.
Le premier chemin, pour ne pas passer à côté du pauvre « Lazare », c’est donc le chemin de la prière, de la lecture de la Parole de Dieu, et donc le chemin de l’accueil du projet de Dieu sur nous-mêmes et sur nos frères et sœurs en humanité.
2ème chemin :
Spontanément quand nous lisons ou entendons cette parabole, nous nous situons comme étant le riche et nous avons tendance à culpabiliser.
Alors, le 2° chemin de conversion, c’est de reconnaître que nous sommes pauvres, nous sommes un peu comme « Lazare » à l’intérieur de nous-même.
Voici en quelques mots le récit d’une rencontre que j’ai vécue Il y a 3 semaines maintenant.
Je suis allé visiter une personne à l’hôpital, une personne en fin de vie. Comme elle me l’avait demandé, je suis venu lui apporter l’onction des malades et le pardon du Seigneur.
J’étais riche de ma mission de prêtre et je me préparais dans mon cœur à lui donner les sacrements avec ma foi et mon espérance en la Vie éternelle ! Au fond de moi-même, je me préparais à rencontrer une personne malade, en fin de vie donc en apparence plus pauvre que moi.
Dans une chambre d’hôpital la personne qui visite est en général debout et la personne qui reçoit est couchée ou assise. Mais, Tatiana m’avait préparé une chaise à côté de son lit et j’ai donc commencé par m’asseoir sur la chaise à côté de son lit et nous étions Tatiana et moi au même niveau, l’un en face de l’autre.
Elle m’a dit : « Merci d’être venu » et elle ajouta : « je veux, à travers vous, dire au Seigneur ce que j’ai à dire avant que la morphine endorme mon cerveau. » Et elle a parlé pendant 1h30 sans qu’on s’aperçoive du temps passé.
Le pauvre « Lazare » ce n’était pas Tatiana, c’était moi.
Elle a parlé pour rendre grâce à Dieu pour sa vie d’artiste peintre, pour tous les dons que le Seigneur a fait grandir en elle et qu’elle a eu la joie de transmettre tout au long de sa vie. Et ses tableaux, ses écrits d’artiste demeurent son témoignage de foi et d’espérance.
Le pauvre « Lazare » ce n’était pas Tatiana, c’était moi.
Frères et sœurs cette parabole du riche et du pauvre Lazare est dure à entendre et à recevoir !
Mais elle est d’abord un magnifique appel à vivre et à croire avec un cœur de pauvre.
Ne faisons pas de cette parabole une morale mais une conversion du cœur en nous mettant à l’écoute de Moïse, des prophètes et des psaumes, … à l’écoute de la Bible qui est la Parole de Dieu.
Le Seigneur nous appelle à vivre, à aimer et à croire avec un cœur de pauvre.
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