Homélie Jeudi Saint
Devant nous, Il est là, Il se fait proche, Jésus l'Agneau de Dieu !
Dans une réunion de préparation liturgique, je me rappelle de la réflexion d’une personne qui avait exprimé son regret que, selon elle, la messe soit coupée de la vie.
Cette personne pense qu’on laisse la vie du monde à la porte de l’église et on s'enferme pour célébrer le passé.
La messe est-elle uniquement une reconstitution du passé pour évoquer ce que Jésus a fait au cours de son dernier repas, il y a environ 2000 ans ? Non, évidemment non.
La messe n’est pas une simple répétition ou un simple souvenir du dernier repas de Jésus avec ses apôtres.
À chaque messe, Jésus Christ continue à donner réellement, à chaque messe, sa Vie.
La messe, l’Eucharistie est à chaque fois pour Jésus le moment de son Sacrifice réactualisé par Amour pour chacun et chacune d’entre nous et pour le Salut du monde.
Ce jeudi soir, (le jeudi saint avant Pâques), nous revivons à la fois le dernier repas de Jésus avec ses apôtres pendant lequel il donne réellement sa Vie à chaque messe et aussi le geste du lavement des pieds : Comme Jésus a lavé les pieds de ses apôtres au cours de son dernier repas avec eux, le prêtre réactualise ce geste le Jeudi Saint avant Pâques.
Pourquoi célébrer et revivre ce que Jésus a fait il y a environ 2000 ans ?
Première réponse : Parce que le Seigneur nous l’a demandé : « Faîtes cela en mémoire de moi ».
Et en faisant mémoire, Jésus nous l’a promis : Il est là réellement présent au milieu de nous et surtout Jésus revit à chaque messe son Sacrifice par Amour pour nous et pour le monde. « Quand deux ou trois sont rassemblés en mon Nom, je suis là au milieu d’eux. »
Deuxième réponse : Pendant le lavement des pieds réalisé le Jeudi Saint, nous pouvons avoir deux attitudes. :
- Soit regarder sa montre en se disant : « c’est long. On aurait pu faire ce geste plus rapidement. »
- Soit penser et prier pour une personne ou un groupe de personnes, afin de faire entrer la vie dans la messe. En regardant le lavement des pieds vous allez peut-être vous dire : « Tiens, et si je rendais visite à cette personne que je ne vois plus. Et si je proposais un service à une personne en particulier ou à une association ou à la paroisse. »
Si à la messe du Jeudi Saint, le prêtre refait le geste du lavement des pieds que Jésus a fait, ce n'est pas dans l'intention de faire du folklore, mais c'est bel et bien dans l'intention de retrouver, dans notre aujourd’hui, dans notre quotidien, la joie du service !
J'espère qu'en regardant ce geste, chacun de nous prendra conscience que Jésus nous demande d’être attentifs à ceux et celles qui peuvent attendre une attention, un service de notre part !
Car c'est là ce que nous demande Jésus le Christ. Le lavement des pieds qu'il a accompli le soir de son dernier repas est un exemple de service.
C'est un exemple qu'il a donné, suffisamment universel pour qu'il nous interpelle tous dans nos vies, dans notre quotidien.
Un exemple que nous devons mettre en application : Laver les pieds de nos frères et sœurs c'est se mettre concrètement et joyeusement dans une attitude de servantes et de serviteurs.
Et comme cela ne nous est pas toujours naturel, Jésus Christ vient, dans l'Eucharistie, déposer en nous, au plus intime de nous, la capacité de le suivre dans le service de nos prochains.
Ainsi, la Communion au Corps du Christ et le lavement des mains sont intimement liés, c'est pourquoi nous célébrons les deux, le Jeudi Saint avant de célébrer la mort de Jésus le Vendredi Saint et sa Résurrection à Pâques.
Quand nous communions, saint Paul nous le rappelait dans la seconde lecture, nous proclamons la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Proclamer la mort du Seigneur c'est proclamer le plus grand Amour, l'Amour de Dieu qui va jusqu'au bout, qui bien loin de chercher à s'imposer ou même à se défendre, accepte d'être rejeté pour pouvoir dire en toute vérité : Je vous aime jusqu’à accepter de vous laver les pieds et de donner ma Vie à chaque messe pour vous !
Jésus en acceptant d'être condamné à mort, après le repas du Jeudi Saint, nous montre d'une façon définitive que l'Amour ne s'impose pas. L'Amour ne peut être que serviteur.
Jésus nous le crie : La seule façon d'aimer et d’aimer en vérité, c'est de servir.
À chaque fois que nous communions c'est Jésus Christ avec son cœur de serviteur, débordant d'Amour, que nous recevons en nous.
Si nous le recevons vraiment en nous dans la disponibilité de notre cœur, alors il nous imprègne de sa Vie à chaque messe, et il nous donne la capacité d'aimer, comme lui, chaque jour.
Aimer comme il a aimé sur la croix, en renonçant à dominer, à convaincre par la force.
Et nous, en recevant en nous un tel Amour, nous ne pouvons que prendre conscience très concrètement qu’il existe de nombreux engagements au service des autres (des lavements de pieds) qui nous attendent aujourd’hui.
Cela veut bien dire que Jésus Christ, pendant la messe, ne nous invite pas à oublier la vie, à oublier le monde et à le laisser à la porte de l'église. Jésus nous aide à méditer, à prier pour le monde en recevant avec joie, à chaque messe, sa vie de serviteur dans la communion à son Corps, à son Sang, à sa Vie donnée.
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